Hermann passe sa petite-enfance à Calw avant de déménager à Bâle, en Suisse, en avril 1881. Il est un enfant turbulent et après avoir fait quelques années à l’école de la Mission, ses parents le place dans un pensionnat dans l’espoir de mâter l’indocile. L’écolier indiscipliné s’assagit au contact des matières telles que le latin, le grec et l’histoire. Deux ans plus tard, les Hesse reviennent s’établir à Calw. Entre temps, la famille s’est agrandie avec la venue de Marulla et de Hans, le benjamin. À l’été 1888, Hermann fait sa première fugue. Est-ce pour fuir l’état ombrageux, voir dépressif de son père? Ou parce qu’il ressent ses premières aspirations à devenir poète alors qu’il doit préparer ses examens pour entrer au séminaire théologique? Étant le premier enfant mâle, il est inéluctable pour ses parents qu’il aura une vie dédiée à Dieu.
À l’âge de 13 ans, Hermann entre à l’école Göppingen, où il se classe parmi les meilleurs. En 1891, il est admis à Maulbronn, un monastère cistercien somptueux. La civilisation grecque et les auteurs tels qu’Homère et Eschyle impressionnent beaucoup le jeune séminariste. Il admire également le philosophe et poète Hölderlin. L’adolescent se fait la promesse de ne jamais devenir moine et de devenir poète.
En mars 1892, il fugue et sera retrouvé par un gendarme au petit matin. Tout bascule alors pour l’adolescent qui est ramené à Maulbronn. Il est mis au cachot et l’hypothèse de la folie est envisagée. À l’été, ses parents le placent dans un centre pour enfant atteint de troubles mentaux. Hermann y fera une tentative de suicide. Il est transféré dans une maison de santé, où on lui retire ses livres et lui fait vivre un régime de prison ferme. Il restera muet durant huit jours. L’apaisement viendra en septembre lorsqu’un ancien pasteur et professeur offre d’héberger le jeune homme chez-lui. Ce sera un véritable havre pour l’adolescent désespéré.
Durant son adolescence, Hermann est révolté contre tout, il ignore les interdits, libre et désinvolte, il devient radicalement athée. Il relit Goethe et Novalis. Selon son père, son fils est oisif, rêveur et pour mettre fin à ces palabres d’artiste, il le pousse à trouver un travail. Durant un peu plus d’un an, Hermann travaille comme apprenti dans une fabrique d’horloge. Entre ses heures de travail, il médite Tourgueniev, Zola et plonge dans la littérature anglaise : Newton, Milton, Swift, Burn, etc. Autodidacte chevronné, le jeune homme est convaincu que la recherche personnelle est plus efficace que l’enseignement.
De libraire à écrivain
À 18 ans, il devient apprenti libraire à Tübingen pour M. Heckenhauer. À l’été 1897, Hesse voit ses premiers poèmes publiés, dont l’un est dédié à Chopin. Il envoie à ses parents les revues poétiques dans lesquelles il apparaît, mais ceux-ci ne lisent pas ses écrits antireligieux. À l’automne, il découvre avec enthousiasme Montaigne duquel il dira : « C’est comme un bon vin vieux, noble et sans mélange dans lequel la lucidité des années a noué amitié avec le feu conservé de l'été. »
Il fait éditer une plaquette de poésie en 1899 Chants romantiques que son père ne lira jamais et que sa mère détruira. L’année suivante, il crée son alter égo Herman Lauscher et il fait paraître « Écrits et poèmes posthumes de Hermann Lauscher », qui fit fureur à Bâle.
En janvier 1903, il reçoit une lettre de Samuel Fischer, à la tête de la réputée maison d’édition allemande, qui lui propose de devenir son éditeur. Hermann entretient également une correspondance avec, entre autres, Rilke et Zweig. C’est en 1903 que l’auteur connaît un véritable succès avec son premier roman autobiographique Peter Camenzind. Le tirage initial s’épuise en 15 jours! Dès lors, il peut vivre de sa plume et demande Maria Bernoulli en mariage. Celle-ci tient avec sa sœur un studio de photo artistique à Bâle ce qui permet à Hermann d’être en contact avec bon nombre d’artistes visuels. Le 5 février 1903, il écrit à Zweig : «…dans mon insociabilité je fais une exception pour les artistes plastiques »
Une fois marié, en 1904, le couple quitte la ville pour s’installer dans une maison rustique et isolée dans la vallée Gaienhofen. C’est à cet endroit, en pleine nature, qu’Hermann entreprend la rédaction de son nouveau roman : Sous la roue (ou L’ornière selon la traduction) qui relate les conflits intérieurs de son héros Hans Giebenrath. Le 9 décembre 1905, Marie, qu’Hermann surnomme Mia, donne naissance à Bruno. Le couple achète un terrain moins isolé et y construit une maison, que beaucoup d’artistes viendront visiter. Ébahi par le chef d’œuvre technique de la machine à écrire, l’auteur se dote d’une américaine « Smith Premier ». Le 1er mars 1909 naît Heiner. La relation de couple commence à battre de l’aile. À l’été Hermann quitte sa famille pour aller soigner ses migraines, sa fatigue. De retour à la maison, Hesse écrit le roman Gretrude, qui fait état de tensions au sein d’un couple, un reflet de sa réalité avec Mia. Hermann part en Italie, malgré la 3e grossesse de sa femme. Il sera là pour la naissance de Martin, en 1911, mais durant les premiers mois de son 3e et dernier fils, il prépare son voyage en Orient.
Le 5 septembre 1911 Hermann et son ami, le peintre Hans Sturzenegger, partent vers l’Asie. Ils visiteront le royaume de Siam (Thaïlande), Ceylan (Sri Lanka), l’Indonésie. L’auteur note ses sensations, ses pensées et il est en route pour découvrir également l’Inde et la terre natale de sa mère. Malheureusement, il n’atteindra jamais ce lieu, puisque la maladie et la manque d’argent le poussent à rebrousser chemin. De retour en Europe, il retrouve sa famille pour Noël.
Plus tard, le couple laisse alors la maison isolée de Gaienhofen pour emménager à Berne dans la maison d’un ami peintre. C’est à cet endroit qu'Hermann termine la rédaction de Carnets indiens (1913) et Rosshalde (1914), qui relate le naufrage d’un couple après la mort d’un enfant. Or, en mars 1914, leur benjamin, Martin, est frappé par la méningite et ses parents redoutent le pire. Par bonheur l’enfant se rétablira.
Le pacifique témoin des deux guerres
À l’été 1914 débutent les hostilités de la Première Guerre mondiale. La Suisse est alors déchirée, certains sont avec les Allemands, d’autres avec les Français. Hermann se range du côté des Allemands et se porte volontaire. Il sera déclaré inapte à cause de sa forte myopie. Bientôt, le créateur est profondément révulsé par le nationalisme exacerbé et le boycottage des littératures « ennemies » qui sévissent des deux côtés. Un sentiment partagé par l’auteur français Romain Rolland et une correspondance voit le jour entre les deux hommes qui appellent au pacifisme.
Le 8 mars 1916 son père Johannes meurt. Outre le deuil et la tristesse que cela provoque, l’auteur éprouve de grandes difficultés avec sa femme qui souffre de troubles psychotiques. Hermann plonge dans une crise existentielle intense et décide de consulter un médecin de Lucerne. De juin 1916 à novembre 1917, il est suivi par le docteur Lang, un disciple de Jung. Durant cette période il rédige Demian (publié en 1919 sous le pseudonyme d’Emil Sinclair) ce personnage qui se veut l’incarnation de son imaginaire, ce démon qui « ose être » pleinement critique face aux idées reçues. Après la guerre, ce titre sera le crédo d’une ardente jeunesse.
Après une visite en novembre 1917, Zweig écrit : « Écœuré par les bavardages, méfiant envers bon nombre de ses anciens amis, Hesse vit complètement retiré. Pour se consoler il s’est mis à la peinture : il m’offre une très jolie aquarelle… » Cette nouvelle forme d’art l’accompagnera jusqu’à la fin de ses jours.
Après avoir fait hospitaliser sa femme Marie et placer ses enfants, l’auteur s’installe dans la région italienne de la Suisse, le Tessin, à l’orée du village de Montagnola, dans la maison Camuzzi. Solitaire, il peint le jour et écrit la nuit. À l’occasion, il fait des expositions, des conférences, il a repris son boulot de critique littéraire. Il ira consulter à Zurich le psychanalyste Jung, qui dira à propos de Demian qu’il lui a « fait l’impression de la lumière d’un phare dans une nuit de tempête ». Il publie Siddhartha en deux temps, la première partie, en juillet 1921 est dédiée à Romain Rolland ; la deuxième partie, lui ayant donné beaucoup plus de fil à retordre, paraîtra en 1922. Le héros de cette histoire, un enfant de brahmane qui part à la recherche de son vrai moi témoigne de la conviction de l’auteur de l’importance de tracer sa propre voie.
À l’été 1919, Hesse fait la connaissance de Ruth Wenger, de 20 ans sa cadette. Même si cette union suscite beaucoup d’hésitations chez l’écrivain, il l’épouse le 11 janvier 1924, animé davantage par la résignation que par le désir. D’ailleurs, dès 1927 celle-ci souhaite divorcer. Cette année là paraissent Voyage à Nuremberg et Le Loup des steppes ainsi qu’une biographie sur Hesse écrite par son ami Hugo Ball. Le succès de Siddharta est retentissant. Ses livres sont traduits dans plus de 20 langues, ses admirateurs veulent souligner ses 50 ans par une année-Hesse, mais celui-ci n’y tient pas, il se retire et préfère rester seul. Or, il fera la connaissance de Ninon Dolbin, une historienne d’art de 32 ans.
Débute un véritable amour entre eux et elle emménage avec lui à Camuzzi. Plus tard, ils quittent cette demeure pour une villa luxueuse sur une butte que les gens du coin appellent la colline d’or. Il l’épouse le 14 novembre 1931.
Lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, Hesse dit à un ami qu’il s’agit d’un « véritable et furieux pogrom contre l’esprit ». Contrairement aux autres critiques, Hesse commente les livres écrits par des Juifs. La Suisse s’emplit de réfugiés et Hesse ouvre sa maison de Montagnola à quelques-uns, comme Bertolt Brecht et Thomas Mann. Durant les années 1930, les revues allemandes attaquent Hesse, le qualifient de « traitre » et l’accusent de « répandre des idées nuisibles ».En 1939, il est déclaré « indésirable » en Allemagne, il reçoit des lettres d’injures, ses livres ne sont pas interdits ou brûlés, mais la plupart sont épuisés et ses droits d’auteur ne lui sont pas versés. Durant cette période, Hermann entame la rédaction de Le Jeu des perles de verre, qui sera publié en Suisse en pleine guerre, après avoir été refusé de publication par le ministère de la Propagande en Allemagne. Il s’agit d’un roman d’anticipation, l’action se passe en 2480, où Hesse tente de résumer ce qu’il y a de plus élevé dans le savoir humain (la musique, les mathématiques), la connaissance étant pour lui le salut de l'âme.
Selon plusieurs critiques, c’est grâce à ce titre, Le Jeu des perles de verre, que Hesse a remporté le Prix Nobel de littérature en 1946. Il n’assista pas à la cérémonie de remise, mais on fit la lecture de son message. Après cet honneur, il n’écrit plus de grandes œuvres, mais de brefs morceaux de prose (souvent des souvenirs) et des poèmes. Outre l’écriture, il peint et jardine sur la colline d’or. Il reçoit rarement et il choisi ses visiteurs, qui se résument principalement à ses fils et ses petits-enfants. Dès l’hiver 1962, la maladie se fait sentir et lors de son 85e anniversaire, il est très mal. Il souffre de leucémie et meurt d’une hémorragie cérébrale durant son sommeil le 9 août 1962. Le 11 août, porté par ses fils Heiner et Martin, il est mené à l’endroit qu’il a choisi, soit le cimetière de Sant’Abbondio, près de Montagnola.